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RD Congo : Les victimes oubliées de la corruption de Dan Gertler

Par RAID
 
(Londres, le 16 septembre 2019) – Il y a dix ans, 700 travailleurs de la mine de Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT) à Kolwezi, en République démocratique du Congo, ont reçu l’ordre de cesser le travail. Ils ont arrêté les machines, stoppant les camions au milieu de la route et laissant les tuyaux à moitié coupés, et se sont rassemblés à l’entrée de la mine. Un représentant de la société s’est adressé à la foule déconcertée en expliquant que la mine de cobalt et de cuivre était forcée de fermer . Le gouvernement congolais avait, de manière illégale, retiré sa licence d’exploitation à First Quantum Minerals, la société canadienne qui possédait la mine. Les travailleurs se sont retrouvés sans emploi.
 
Un ancien travailleur se souvient des propos d’un haut dirigeant : « Vous recevrez trois mois de salaire à titre d’indemnité de départ. Nous poursuivrons les négociations avec votre gouvernement et nous nous engageons à vous réembaucher dès que nous reprendrons nos activités ». Mais personne n’a été réembauché. Et contrairement aux dispositions de la loi congolaise sur le travail, les travailleurs ont reçu presqu’aucune, ou aucune, indemnisation.
 
Les travailleurs ont perdu leur emploi pour une raison très simple : la corruption. Un homme d’affaires israélien notoire, Dan Gertler , avait en vue la mine lucrative. En collaborant avec
ses partenaires congolais (le président de l’époque Joseph Kabila et le conseiller présidentiel Katumba Mwanke) et le fonds d’investissement américain Och-Ziff, il s’est vu attribuer les droits de la mine pour la somme de 60$US millions quelques mois après sa fermeture. Il l’a revendue à une société minière multinationale kazakhe, Eurasian Natural Resources Corporation (ENRC), pour un montant de 685$US millions. Les deux transactions étaient
bien en dessous des estimations commerciales de la mine. C’était un « flip » classique de Gertler, qui lui a rapporté, à lui ainsi qu’à ses partenaires, un bénéfice substantiel.
 
Les détails de ce stratagème de corruption ont été décrits dans des articles publiés par les autorités judiciaires américains en 2016 lorsque le fonds d’investissement Och-Ziff (maintenant appelé Sculptor) a admis avoir enfreint le Foreign Corrupt Practices Act (loi
américaine sur la corruption dans les transactions à l’étranger). Sa filiale, OZ Africa, a plaidé coupable à des accusations criminelles.
 
Alors que les homme d’affaires sans scrupules et des représentants gouvernementaux ont empoché des millions, les conséquences pour les travailleurs et les communautés vivant autour de la mine sont dévastatrices. Les travailleurs ont soudainement perdu un revenu stable et des avantages précieux, tel que des soins de santé gratuits pour eux et leurs familles. Ce jour-là, les travailleurs sont rentrés chez eux particulièrement inquiets. L’emploi dans la région de Kolwezi était, et est toujours, extrêmement limité. La vaste majorité deshabitants y vivait avec moins de 1$ US par jour . 
 
Dans les années qui ont suivi, les effets de ces pertes d’emploi ont été visibles. Un ancien travailleur interrogé par RAID en avril 2019 a raconté : « J